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| Impact du commerce équitable sur la filière cacao |
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Entretien avec Abel Fernandez, responsable commercialisation de la coopérative de Conacado, partenaire d’Ethiquable.
Abel Fernandez est né à San Francisco De Macoris, la zone la plus importante de production de cacao au nord est du pays. Il est rentré dans la coopérative à l’âge de 25 ans en 1988 en tant que secrétaire, 18 années plus tard il gère les ventes de cacao pour l’ensemble des membres de Conacado.
Pouvez-vous nous présenter la Conacado ?
Notre coopérative est le résultat d’un projet de développement mené avec l’appui de la coopération allemande et de l’Etat dominicain. Conacado regroupe aujourd’hui 10 000 producteurs soit 25% des producteurs de cacao de République Dominicaine. La structuration de notre coopérative permet de couvrir l’ensemble du territoire grâce aux « Associations de base » composées de 15 à 100 membres. Ces associations sont regroupées en « bloc ». Elle en compte actuellement 10 qui représentent la coopérative. Avec moins de 5 hectares par producteur, la Conacado produit 20% du cacao national.
Sur quels investissements s’est construite l’organisation ?
A.F: Le moteur principal de l’organisation a été et est toujours l’amélioration de la qualité du cacao.
La principale innovation de Conacado a été de mettre en place la fermentation du cacao avant séchage. Traditionnellement, les familles sèchent directement le cacao après la récolte. La nouvelle technique consiste à fermenter les fèves pendant 5 jours puis à les sécher pendant à peu près 8 jours. La fermentation des fèves réduit l’amertume et surtout développe les arômes. Le séchage permet de diminuer le taux d’humidité des fèves, essentiel pour la bonne conservation du cacao. Nous obtenons ainsi un cacao fin et typé.
Par ailleurs, nous nous sommes orientés vers une production biologique en généralisant la formation des producteurs sur les techniques de plantation, de cueillette et d’entretien. Les producteurs cultivent les cacaoyers en leur apportant des soins particuliers. Ils n’utilisent ni intrant chimique ni herbicide. Ils privilégient une fertilisation organique en répartissant le compost réalisé à partir des coupes réalisées sur leur parcelle.
Et le commerce équitable ?
A.F: Nous sommes rentrés en contact en 1994 avec un inspecteur de FLO* qui connaissait la qualité de notre cacao et notre capacité de production (*Fairtrade Labelling Organization : La fédération FLO définit les standards pour chaque produit et accompagne les organisations de producteurs.). Par la suite, une étude a été réalisée pour s’assurer que nous répondions aux critères équitables. Jusqu’en 2000, les volumes vendus en équitable étaient relativement faibles mais grâce à l’augmentation des débouchés en Europe, les ventes labellisées Max Havelaar ont été multipliées par 5.
Quant à Ethiquable, Christophe Eberhart et Rémi Roux ont rencontré pour la première fois notre coopérative en 2004. Une mission sur le terrain était indispensable pour évaluer la qualité du cacao mais aussi le mode d’organisation de la Conacado. La visite s’est révélée probante puisque depuis 2005, Ethiquable achète notre cacao. Les ventes globales de cacao labellisé ont augmenté de manière importante depuis 1996, année de certification de la Conacado. Nous prévoyons en 2006, entre 35 et 40% de notre production de cacao vendue dans les filières équitables.
Quel est l’intérêt pour Conacado de vendre sur le marché biologique et équitable ?
A.F: Le marché conventionnel ne présente pas d’atouts pour améliorer les conditions de vie des producteurs. En revanche, le bio et l’équitable permettent de vendre plus cher le cacao et d’accéder au marché de qualité en Europe qui est plus rémunérateur.
La recherche permanente de la valeur ajoutée constitue donc le seul moyen de nous démarquer, de vivre justement de notre travail et de nous inscrire dans une véritable dynamique de développement.
La différence fondamentale entre le marché bio et le marché équitable est le prix minimum garantie. Le prix du cacao est très fluctuant puisqu’il est décidé à la Bourse de Londres par effet de spéculation. Des rumeurs de mauvaises récoltes en Côte d’Ivoire ou bien encore les phénomènes climatologiques comme la source de sécheresse provoquée par El Niño provoquent une instabilité des cours violemment ressentie par les producteurs. En vendant notre cacao dans les conditions du commerce équitable, nous avons la garantie d’une rémunération stable même si les cours internationaux viennent à s’effondrer.
Outre le prix minimum garanti, le cacao labellisé Max Havelaar permet à la coopérative de recevoir une prime de développement de 150 dollars par tonne. Elle est utilisée pour le développement de projets sociaux et productifs.
Comment se décide l’utilisation de la prime de développement ?
S’il n’y a pas d’utilisation spécifique obligatoire de cette prime, les standards du label Max Havelaar exigent par contre une prise de décision collective et transparente. Sous les conseils de FLO, nous avons travaillé à l’amélioration de la gestion et de la distribution de la prime. Les assemblées de délégués avec le comité de direction ont adapté un mécanisme de prise de décision permanent pour l’usage des fonds FLO. Conacado informe du montant disponible en fin d’année. Les associations envoient aux blocs le type de projet dans lequel elles souhaitent investir. Les blocs informent Conacado qui par la suite envoie le montant proportionnel aux ventes réalisées par chaque bloc.
Mais les projets ne peuvent voir le jour qu’à condition d’une coparticipation à hauteur de 50% des familles. De cette façon, les personnes sont impliquées et se responsabilisent à la gestion et la maintenance des ouvrages construits.
Cette nouvelle organisation permet une meilleure utilisation de la prime. Le commerce équitable n’est donc pas seulement synonyme d’une meilleure rémunération mais il permet également plus de démocratie et de transparence au sein des organisations de producteurs.
Pouvez-vous nous donner des exemples de projets financés ?
A.F: La prime de commerce équitable permet à la Conacado de reverser en fin d’année les bénéfices des ventes internationales et de participer ainsi à la réalisation d’infrastructures communautaires telles que des systèmes de captation d’eau potable, la rénovation d’écoles, la mise à disposition d’outils scolaires et la prestation de soins médicaux…
Toutefois, la prime est majoritairement utilisée dans des investissements pour l’amélioration de la qualité du cacao : bac de fermentation, réparation d’unités de stockage, de séchage.
Certains blocs investissent également dans la diversification d’activités en construisant des pépinières fruitières (orange, avocat…) qui serviront à la fois pour l’autoconsommation mais aussi la vente directe sur les marchés locaux.
Au delà de la prime de développement quels sont les autres services proposés aux producteurs ?
A.F: Conacado a développé un accès au crédit à tous à des taux bas : 2,5% par mois. Alors qu’auparavant, les intermédiaires n’octroyaient des prêts qu’à leurs meilleurs clients à taux usuraires (5 à 6% par mois), ils offrent aujourd’hui des prêts à tout le monde de l’ordre de 3% par mois.
Sur le plan technique, le producteur a besoin de formation pour maîtriser le procédé de fermentation car cette pratique n’est pas traditionnelle en République Dominicaine. La Conacado a bien géré ce service en formant des leaders paysans qui assurent par la suite la transmission du savoir au sein de leur association de base. Ce système organisé permet une diffusion plus rapide des savoirs à un coût moindre.
Comment envisagez-vous le futur de Conacado?
A.F : La Conacado fait partie de la commission nationale du cacao créée par l’Etat il y a 30 ans.
Cet organisme gouvernemental rassemble aussi bien les transformateurs, les grands cacaoculteurs que les petits producteurs. Les conditions de production et de commercialisation étant bien différentes, les relations entre membres ne sont pas simples. Ces dernières années, l’investissement de la Conacado pour l’amélioration de qualité du cacao lui a permis d’acquérir une reconnaissance vis-à-vis des autres acteurs de la filière. Aujourd’hui la coopérative est un acteur d’envergure nationale et nos concurrents essayent à leur tour d’adopter les techniques de production biologique pour accéder aux marchés que nous avons développés petit à petit.
En travaillant avec notre coopérative, Ethiquable accorde sa confiance et son soutien pour que la Conacado poursuive sereinement et durablement la production d’un cacao de qualité, l’accompagnement de ses membres producteurs mais également la construction d’une organisation démocratique.
Grâce à notre engagement et à notre détermination, la coopérative est en mesure de faire appliquer les principes du commerce équitable et de démontrer l’efficacité d’une agriculture paysanne économiquement viable et respectueuse de l’environnement.
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