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KILIMANJARO NATIVE CO-OPERATIVE UNION


Situation
Versant tanzanien du mont Kilimandjaro situé à cheval entre la Tanzanie et le Kenya.
Les coopératives de base sont situées dans trois districts : Hai, Moshi Rural et Rombo.
Membres
98.000 petits producteurs de café arabica, regroupés en 70 organisations de base
Producteurs
Paysans de l'éthnie Chaga. Très peu de terre : 0,5 à 1 hectare. Système de production traditionnel avec association banane plantain / café.
Production
Vente de 1.911 tonnes en 2003, dont 295 tonnes en commerce équitable.

Au sommaire
Contexte
Histoire et organisation de la coopérative
Système et mode de production
Impacts


KNCU: Producteurs de café de Tanzanie
Café d'une région mythique : le seul glacier d'Afrique. Café intense aux arômes très caractéristiques qui sont dus aux conditions naturelles du Kilimandjaro, le sol volcanique et l'altitude.

KNCU : coopérative historique des petits planteurs du mont Kilimandjaro

La Kilimanjaro Native Co-operative Union (KNCU) rassemble aujourd'hui 98.000 petits producteurs de café du versant tanzanien du mont Kilimandjaro. Dans cette région de très forte densité de population, entre 1000 et 2000 mètres d'altitude, les paysans cultivent des caféiers dans des parcelles qui n'excèdent pas 0,5 hectare. Grâce à la fertilité des sols volcaniques et à un climat tropical de montagne, la région produit un arabica exceptionnel.

KNCU est la coopérative de petits producteurs la plus ancienne d'Afrique. Elle fût fondée en 1925 sous le nom de Kilimanjaro Native Planter's Association, puis adopta son nom actuel de Kilimanjaro Native Co-operative Union en 1932. Au cours de la période coloniale, la coopérative avait pour objectif de collecter le café des petits planteurs de l'ethnie Chaga, qui avaient adopté cette nouvelle production dans leur système de culture à base de bananier. Parallèlement au développement de ces productions paysannes, des grandes plantations de café ont été mises en place par les colons européens.

Mais dans le Kilimandjaro, le café ne peut être considéré comme une production coloniale imposée aux villageois. Les Chagas se sont en effet appropriés la production du café qui aujourd'hui est le symbole de leur identité. KNCU est une institution clé qui structure la communauté Chaga. Elle est reconnue par tous et fait partie de l'histoire de la société Chaga.
Au cours de son histoire, KNCU se consolide et devient un acteur économique de premier plan en Tanzanie. Dans les années 50, elle fonde une institution financière (vendue par la suite à la Standard Bank of Tanzania.) et devient l'actionnaire majoritaire de la Tanganyika Coffee Curing Company, la société chargée de vendre la totalité du café arabica de Tanzanie aux enchères. KNCU est également l'actionnaire majoritaire de la société chargée de l'industrialisation du café.

Au milieu des années 70, le gouvernement de Julius Neyrere développe son expérience de socialisme africain et lance le mouvement de villagisation à travers la célèbre politique ujaama. Le foncier devient propriété d'Etat, les grandes plantations sont nationalisées et les coopératives, perçues comme une menace pour le nouveau régime, sont dissoutes. En 1984, KNCU parvient cependant à se réorganiser. Dans le cadre d'une économie fortement encadrée par l'Etat, KNCU retrouve ses principales fonctions : la collecte de tout le café du Kilimandjaro, l'appui aux producteurs et la vente auprès des enchères de Moshi. KNCU avait alors le monopole de la collecte du café arabica du Kilimandjaro.

Au cours des années 90, le pays se libéralise. A partir de 1993, tout opérateur privé obtient la possibilité de collecter du café sur la montagne et KNCU devient un opérateur parmi d'autres. Cependant, le Tanzania Coffee Board conserve la maîtrise de la commercialisation puisque jusqu'à aujourd'hui tout le café doit obligatoirement passer par les enchères de Moshi. La libéralisation du marché a constitué une épreuve pour KNCU : seule une partie de ses membres reste active et remettent du café (environ 70.000 producteurs) et les volumes collectés diminuent fortement. Avant la libéralisation, KNCU intervenait dans un contexte cohérent et protégé. Elle était responsable de fournir les intrants (insecticides, fertilisants, outils, etc.) aux producteurs associés et puisqu'elle avait le monopole de la collecte du café, il était très facile de récupérer les crédits. Avec la libéralisation KNCU abandonne totalement la fourniture d'intrants, ce qui la fragilise face aux producteurs. Par ailleurs, KNCU pratiquait un système ancien de paiement « en trois fois » au cours de la campagne sur la base du prix des lots vendus aux enchères. Avec la nouvelle concurrence, de nombreux producteurs préfèrent vendre aux opérateurs privés qui le plus souvent payent au comptant. En 1994, KNCU collectait 88% du café du Kilimandjaro, ce chiffre est tombé à 33% en 2000.
Pression sur le foncier et crise du système caféier
La zone de production de café arabica sur les versants du Kilimandjaro n'est pas extensible. Elle s'étend sur une frange de 900 m à 1800 mètres d'altitude. Au-dessus de cette limite, le cafier ne produit plus et il laisse la place à une forêt naturelle d'altitude, aujourd'hui classée Réserve naturelle. Dans la partie basse, le territoire Chaga fait frontière avec les zones pastorales sèches des Masaï. Avec l'accroissement démographique, la pression sur le foncier est aujourd'hui extrème : chaque famille ne dispose que de 0,5 à 2 hectares de terre. Dans ces conditions, on cherche donc à tirer le meilleur parti des faibles ressources disponibles, grâce à un système agricole de très forte productivité : l'association banane plantain et café. Chaque famille cultive également une grande diversité de cultures alimentaires et dispose d'un élevage en stabulation, constitué d'une ou deux vaches, de porcs et de moutons. L'ensemble du terroir est irrigué par de nombreux canaux qui captent les eaux provenant du glacier. Construits tout au long de l'histoire et faisant l'objet d'une gestion sociale complexe, les réseaux d'irrigation constituent un patrimoine culturel de la société Chaga.

Les plantations de café du Kilimandjaro ont été pour la plupart mises en place avant les années 50. Les arbres n'ont pas été renouvelés depuis cette époque et ils ont aujourd'hui dépassé l'âge limite (un cafier devrait être rénové tous les 10 à 15 ans). Les rendements qui dans les années 70 étaient de 300 kg / hectare, ne sont aujourd'hui plus que de 150 kg / hectare en moyenne (ils sont de 700 kg / hectare au Pérou). La crise de la filière, le manque d'appui technique aux producteurs et surtout la baisse continuelle des cours du café ont précipité la crise de l'économie de la région. Les familles tentent de diversifier leurs sources de revenu, avec l'élevage, le maraîchage ou des activités dans le secteur informel urbain. Mais ces activités ne parviennent pas éliminer la pauvreté des habitants de la région. Les volumes de café du Kilimandjaro diminuent d'année en année, la qualité du café baisse et les conditions de vie des petits producteurs se dégradent. Cette crise, si elle ne rencontre pas de solution, va conduire à l'élimination du café dans l'un des plus exceptionnel terroir cafier du monde.
KNCU : la relance par le commerce équitable
Face à la crise KNCU recherche des solutions pour résoudre cette crise et relancer la culture du café. La première stratégie de l'union de coopérative consiste à mieux valoriser le potentiel de cafés de qualité de la région du Kilimandjaro. Les cafés vendus aux enchères de Moshi sont classifiés selon le système ancien de la taille des grains, sans forcément considérer la provenance du café, notamment l'altitude : le fameux AA (double A) est le grain le plus gros, puis suivent les A, AB, B, PB, etc. KNCU cherche aujourd'hui à entrer dans une autre logique, celle des cafés de terroir, notamment des zones les plus hautes qui produisent les cafés les plus acides et les plus aromatiques. KNCU a lancé un travail dans les coopératives les plus dynamiques pour inciter les producteurs à séparer les meilleures qualités et à améliorer la qualité du produit. Des résultats ont été obtenus grâce à la formation des planteurs, mais surtout avec la mise en oeuvre de prix différenciés selon la qualité du café et de prix plus rémunérateurs. Ces primes à la qualité incitent les producteurs à rénover les caféières, fertiliser les sols, tailler les arbres, en somme à changer de logique de production.

Le fer de lance de cette stratégie a été l'insertion de KNCU dans les réseaux du commerce équitable. L'organisation continue de collecter le café destiné au marché de masse et vendu aux enchères, sans différencier les différentes qualités. Mais elle s'est également lancée dans une exportation directe de ses meilleures qualités. Aujourd'hui KNCU collecte environ 4.000 tonnes de café, mais exporte directement 600 tonnes de café de haute qualité, dont 400 tonnes sous label commerce équitable. La prime et le surprix du commerce équitable constitue aujourd'hui le moteur de la nouvelle action de relance du café par KNCU, notamment pour la paiement d'une prime de qualité et pour réaliser de nouveaux investissements productifs.
Effets du commerce équitable
Le premier effet du commerce équitable pour KNCU est d'avoir pu exporter directement une partie de son café et ainsi sortir de son strict rôle de collecteur de matière première destinée à la vente aux enchères. Même si les volumes de café équitable sont encore faibles en comparaison avec le grand nombre de producteurs et l'importance de leur production, le surprix qu'ils permettent ont rendu possible la mise en oeuvre d'une prime de qualité et ainsi de générer une nouvelle dynamique productive. De façon générale, au cours de ces dernières années, alors que les cours du café ont connu une crise sans précédent, KNCU a pu grâce au commerce équitable, maintenir un prix supérieur au prix du marché et ainsi garder sa compétitivité. En 2002-2003, même si les ventes en commerce équitable ne correspondaient qu'à 15% des ventes de KNCU, elles ont permis à la coopérative de payer les planteurs à 0,457 USD / livre de café, alors que sans commerce équitable elle n'aurait pu payer que 0,38 USD / livre. Certes, il y a une certaine dilution des effets du commerce équitable, mais un grand nombre de producteurs en bénéficient.

Le commerce équitable a d'une certaine manière permis de maintenir la viabilité d'une organisation paysanne qui apporte outre la commercialisation du café une diversité de services à la communauté : formation, assistance technique, services sociaux, etc.

La prime de développement du commerce équitable (5 USD / 100 livres sur un prix total de 126 USD / livre, donc environ 4% de la vente) est gérée de façon séparée. De 2000 à 2004, la prime a permis :
  • De mettre place un fonds d'éducation pour la formation de leaders paysans et des jeunes,
  • Le recrutement d'une équipe de techniciens pour travailler l'amélioration de la qualité et relancer la production par la rénovation des caféières,
  • La réalisation d'une pépinière qui fournit des plants de café aux producteurs.
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