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Equateur : pression foncière, migrations urbaines et identité indienne
La province du Chimborazo, dont la capitale est Riobamba, est la région la plus indienne, la plus rurale et la plus pauvre du pays. Plus de 80% des habitants en milieu rural sont des indiens Puruhaes dont la langue est le quichua et qui ont maintenu fortement leur identité : textiles traditionnels aux couleurs vives, gestion collective des terres d’altitude, fonctionnement social et organisations communautaires, etc.
Les indiens Puruhaes des hautes terres du Chimborazo ne disposent que peu de terres cultivables, en général moins d’un hectare par famille. Dans les années 90, les luttes du mouvement indien a permis aux communautés d’obtenir les terres des dernières haciendas qui n’avaient pas été redistribuées par la Réforme Agraire des années 60. Malgré cela, de nombreuses communautés du Chimborazo ne disposent des terres suffisantes et d’eau d’irrigation. La densité de population est très élevée au regard du faible potentiel de ces terres très pentues et souvent érodées.
La stratégie de survie des familles paysannes depuis trois décennies consiste à migrer temporairement vers les villes, Quito ou Guayaquil, pour y trouver du travail dans l’économie informelle (construction, petit commerce, etc.). Cela concerne surtout les hommes, les jeunes et les plus âgés. Une autre source de revenus consiste à migrer vers les plantations d’Amazonie ou celles de la Côte Pacifique. Sans ces ressources monétaires complémentaires à la production agricole, la famille ne pourrait pas rester et vivre dans la communauté. Les femmes, les enfants et les personnes âgées restent dans la communauté. La culture des parcelles et l’élevage sont donc presque totalement pris en charge par les femmes. Après un ou deux mois à la ville, les hommes reviennent dans leurs communautés d’origine. Ils organisent leurs migrations pour être présents dans la communauté au moment des travaux agricoles les plus lourds, la préparation des sols à l’araire et la récolte de la pomme de terre ou du quinoa. Le reste des activités agricoles, les désherbages, les semis, l’alimentation et les soins des animaux, etc. sont à la charge des femmes.
Les familles paysannes du Chimborazo cultivent une diversité de produits alimentaires. Dans l’étage 2 800m – 3500 m (étage de la pomme de terre), en tête de rotation se trouve toujours la pomme de terre, la culture la plus exigeante en fertilité, la base de l’alimentation et la première source monétaire. Suivent après dans la rotation des fèves, du quinoa, de l’orge, de l’avoine, du blé. Des tubercules andins prennent également place dans l’assolement, comme l’oca ou le melloco, des produits exclusivement destinés à la consommation locale. L’élevage est souvent circonscrit à la volaille et aux cochons d’Inde. Entre 2 500 m et 2 800 m, le climat permet la culture du maïs, la culture maraîchère et celle de la luzerne. Au-dessus de 3 500 mètres d’altitude, c’est le paramo : des pâturages d’altitude aux herbes ligneuses et aux mousses denses qui fonctionnent comme une éponge qui absorbe l’eau de pluie et qui sert de château d’eau pour toute la région.
Le problème essentiel des communautés du Chimborazo est le trop faible potentiel de l’agriculture. Les parcelles offrent des ressources alimentaires, mais ne génèrent pas un revenu monétaire suffisant pour faire face aux achats courants d’une famille (vêtements, fournitures scolaire s, déplacements, santé, etc.). La migration temporaire répond à ces nécessités, mais pose de nombreux problèmes : violence et mauvaises conditions de vie en ville, familles éclatées, surcharge de travail des femmes restées à la campagne, etc. L’objectif des paysans indiens du Chimborazo est avant tout de pouvoir rester vivre dans leurs communautés et d’éviter les migrations. Lutter contre la pauvreté dans le Chimborazo c’est avant tout développer de nouvelles sources de revenus monétaires, complémentaires à la production alimentaire d’auto-consommation et permettant de limiter les migrations.
Les alternatives économiques permettant de créer de l’emploi dans ce milieu rural et générer des revenus monétaires ne sont pas nombreuses. La culture et la commercialisation du quinoa en est une. Le quinoa est bien adapté au contexte. Il est résistant à la sécheresse et au climat rude des Andes, et fait l’objet d’un véritable savoir-faire ancestral. L’enjeu pour l’organisation de producteurs COPROBICH est de valoriser au mieux cette production. Son action consiste à améliorer la qualité du produit et le commercialiser au meilleur prix, notamment dans les conditions du comme rce équitable. Le quinoa pourrait ainsi devenir un des moteurs de la lutte contre la pauvreté dans le Chimborazo.
La culture du quinoa, une alternative à l'exode rural pour les communautés andines
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